Panique Dans Le Xvie

L’expérience de la différence religieuse dans l’Europe moderne (XVIe – XVIIIe siè-cles)
by Bertrand Forclaz

Cet ouvrage collectif aborde les thématiques de la coexistence confessionnelle et du dépassement des frontières religieuses dans l’Europe des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Il entend ouvrir de nouvelles pistes de discussion à l’échelle européenne, par le biais d’un dialogue entre des chercheurs s’inscrivant dans des traditions nationales bien différentes (France, Pays-Bas, Suisse, Allemagne). Il s’agit dans les contributions rassemblées ici d’analyser les possibilités et les modalités des contacts interconfessionnels, en prenant comme point de départ l’expérience de la différence religieuse : l’expérience vécue d’acteurs sociaux très divers – ecclésiastiques, magistrats, lettrés ou bourgeois – mais aussi l’expérience tentée par les autorités politiques. Les approches utilisées sont diverses : étude de trajectoires individuelles, histoire intellectuelle et culturelle, histoire sociale et politique. Les recherches présentées, dans leur diversité, s’inscrivent dans un contexte historiographique marqué par la remise en cause des paradigmes insistant sur l’étanchéité des frontières confessionnelles.

Les Protestants au XVIe siècle
by Janine Garrisson

Deux millions de protestants à la mort de Calvin, un peu plus d’un million sous Henry IV. L’histoire des réformés dans la France du XVIe siècle est, d’une certaine façon, un échec.

Isolée dans une France majoritairement catholique, la communauté protestante s’organise rapidement selon l’ordre politique préconisé par le réformateur. Mais il n’est pas facile d’appartenir à l’Eglise minoritaire. Face à la montée de l’intolérance, dès les premières persécutions déclenchées par François Ier et Henri II, les gentilshommes huguenots transforment le protestantisme en parti guerrier. Dès lors, les simples croyants sont entraînés dans des luttes qui les dépassent. Ce sera quarante ans de guerres de religion auxquelles l’édit de Nantes, venant après une douzaine d’éphémères traités de paix, mettra enfin un terme. Sur cet échiquier tragique, on imagine le désarroi des plus faibles et le courage de ceux qui ne renoncent pas.

Et pourtant un million de protestants demeure. Ils ont la certitude d’appartenir à une race de pionniers ou de rénovateurs, une race qui pourfend l’impureté et le mensonge. Mais ils savent aussi qu’ils ne peuvent s’appuyer que sur eux-mêmes pour accomplir cette tâche gigantesque: changer l’être humain. Et en ce sens Calvin et ses héritiers spirituels ont été des prophètes: l’éducation protestante familiale et scolaire modela des hommes nouveaux tournant résolument le dos au Moyen Age et dont les valeurs se révèlent, aujourd’hui encore, modernes et efficaces.

Janine Garrisson, spécialiste d’histoire moderne, est l’auteur de nombreux ouvrages consacrés à l’histoire politique et religieuse du XVIe siècle.


Noblesse seconde et pouvoir en Champagne aux XVIe et XVIIe siècles
by Laurent Bourquin

À cause de sa situation frontalière, la Champagne des XVIe et XVIIe siècles revêt une importance stratégique de premier ordre pour la monarchie. Afin d’en organiser la défense pour protéger le coeur de son royaume, François I er confie à quelques nobles provinciaux, dès les années 1530, de solides pouvoirs militaires tout en les comblant de faveurs pour s’en attacher la loyauté. Cette « noblesse seconde », qui connaît bien le terrain et les réseaux nobiliaires de son pays, parvient très vite à se rendre indispensable, car au cours des guerres de religion, elle réussit à préserver l’influence du roi en Champagne. Étoffée et soutenue par la couronne jusqu’au premier tiers du XVIIe siècle, elle est alors le relais essentiel entre l’État, les grands et les gentilshommes ruraux, animée par une conception du pouvoir qui conjugue la protection de son territoire et la fidélité envers le souverain. Les premières atteintes à son prestige régional se produisent à l’époque de richelieu, même si elle joue encore un rôle déterminant pour encadrer l’armée qui doit faire face aux Habsbourg dans le Nord-Est. Dès lors, et malgré la Fronde, qui la rétablit un temps comme pilier de l’autorité royale en Champagne, elle ne parvient pas à s’intégrer solidement dans les nouveaux rouages de l’absolutisme. Sous Louis XIV, alors que les conflits s’éloignent, la noblesse seconde se voit contrainte de prendre part à des opérations qui la déracinent de ses terres. Elle se dilue ainsi dans les troupes du roi et perd ce qui faisait jusqu’alors son originalité : le pouvoir local. Étayé par les sources les plus diverses, cet ouvrage balise des pistes nouvelles permettant de mieux comprendre le rôle politique tenu par la noblesse au cours de la première modernité.

Sorcières, diables et bûchers en Franche-Comté aux XVIe et XVIIe siècles
by Brigitte Rochelandet

Périodes de création et de progression, les XVIe et XVIIe siècles sont également marqués par la misère, les rébellions paysannes, les guerres, la Réforme et l’extraordinaire phénomène de la chasse aux sorcières. En Franche-Comté, la répression diabolique, en gestation dès le début du XVe siècle, éclate en 1598 sous l’impulsion de divers facteurs : démonologue, lois répressives, justice attentive et populations consentantes. Les procès de sorcellerie se transforment en un psychodrame bien orchestré où chacun joue son rôle, selon des codes démonologiques. 800 personnes sont accusées de ce crime : la moitié montera sur le bûcher purificateur. Diable, sorciers et sorcières, maléfices et sorcellerie, coutumiers de la vie quotidienne, appartiennent aux croyances et connaissances véhiculées oralement. Contre celles-ci, les pouvoirs politique et religieux partent en guerre. Le bûcher permettra de canaliser les comportements et de faciliter l’émergence de la Modernité, par le sacrifice d’un bouc émissaire : la sorcière.

Les tremblements de terre aux XVIIe et XVIIIe siècles
by Grégory Quenet

Les tremblements de terre sont les grands absents des manuels scolaires, les oubliés de l’histoire de France. Pourtant, l’exploration des archives et des sources historiques fait apparaître que plus de 750 séismes ont frappé le territoire français aux XVIIe et XVIIIe siècles, dont plus de 250 ont causé des dommages matériels, pour certains considérables. Grégory Quenet révèle ici un pan ignoré de la mémoire longue de la ” nation France “, tout en mettant au jour de curieux épisodes : quelques jours après son mariage avec Marie-Thérèse, dans les Pyrénées, le jeune Louis XIV ressent le terrible tremblement de terre du 21 juin 1660 et cette coïncidence suffit pour faire courir des rumeurs d’un mauvais présage. Peu de temps après, paraît un poème qui érige pour la première fois les secousses sismiques en signe politique positif, annonçant la manière dont elles deviennent un attribut d’un souverain tout-puissant, dans la poésie, le théâtre et l’opéra… Les savants ne sont pas en reste : les membres de l’Académie Royale des Sciences de Paris entendent près de deux cents communications sur le sujet en un siècle et demi. Cette histoire tellurique méconnue se déploie sur un théâtre européen : le 1” novembre 1755, Lisbonne est détruite par un séisme exceptionnel, suivi d’un tsunami et d’un incendie non moins monstrueux. Cet événement ébranle l’Europe entière, suscitant des dons multiples et un débat philosophico-théologique de grande ampleur sur l’existence du Mal. L’opinion publique se passionne pour les querelles scientifiques sur la cause des tremblements de terre, qui voient la victoire des théories électriques. Quant au roi de Prusse, Frédéric le Grand, en 1756, il décide de faire interdire l’existence des tremblements de terre dans son royaume, menaçant de jeter en prison quiconque prétendra en avoir ressenti un ! Loin de l’anecdote, tous ces épisodes révèlent la manière dont les tremblements de terre, mal connus et mal définis au début du XVIe siècle, deviennent peu à peu un objet scientifique, juridique, politique et culturel, aux contours de plus en plus précis. Ils cristallisent les interrogations des Lumières sur la nécessité et les moyens de lutter contre les catastrophes et le mal physique. La conviction que les secousses se multiplient après 1750 hante les observateurs et les passions telluriques trouvent leur paroxysme en France. Du fléau de Dieu au risque naturel, ce livre fait pour la première fois des tremblements de terre un objet d’histoire, qui réfracte les peurs individuelles et collectives, réelles et imaginaires, tout en témoignant des débats et des combats qui sont à la source de notre modernité

Dictionnaire de l’Académie française
by Académie française

« La confection d’un dictionnaire est une marche de longue haleine, où chaque pas rencontre une embûche, une rigole, un caillou. La langue comme la mer, toujours recommencée… » Le premier volume de la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française – de A à Enzyme – parut à la fin de 1992, à la veille du troisième centenaire de la première édition. Le deuxième volume – de Eocène à Mappemonde – parut en 2000. Les trois cinquièmes du vocabulaire français d’usage général étaient présentés. Voici l’avant-dernier volume – de Maquereau à Quotité – conçu par la Commission du Dictionnaire, qui rassemble douze membres élus par leurs pairs. Si la méfiance des Académiciens vis-à-vis des modes éphémères et des néologismes disgracieux s’est accrue, ils ont accueilli en nombre les termes des sciences et des techniques, pour peu qu’ils traduisent des notions accessibles à l’homme cultivé. Il y a les nouveautés et il y a les permanences. Le vocabulaire peut se modifier ; la syntaxe pas, parce qu’elle est l’armature de l’expression de la pensée. Par la variété des exemples de construction des phrases, et par l’accent mis sur la richesse sémantique des termes, le lecteur pourra également connaître, grâce à ce Dictionnaire, les lois essentielles de la grammaire. Maurice Druon avait écrit que l’Académie Française ne refusait jamais la modernité mais ce qui pouvait menacer la pérennité de la langue. Un combat donc pour restituer la richesse du français et son évolution, y compris dans son rapport à la « féminisation » de certains mots.