Monet L Oeil Impressionniste

Claude Monet
by Georges Clemenceau

Claude Monet (Paris, 1840 – Giverny, 1926) Pour Claude Monet, le qualificatif d’impressionniste est toujours resté un sujet de fierté. Malgré tout ce que les critiques ont pu écrire sur son oeuvre, Monet n’a cessé d’être véritablement impressionniste jusqu’à la fin de sa très longue vie. Il l’a été par conviction profonde, et peut-être a-t-il sacrifié à son impressionnisme beaucoup d’autres possibilités que lui offrait son immense talent. Monet n’a pas peint de compositions classiques avec des personnages, il n’est pas devenu portraitiste, bien que tout cela fût compris dans sa formation professionnelle. Il s’est choisi, en fait, un seul genre, celui du paysage, et il y a atteint un degré de perfection auquel aucun de ses contemporains n’a pu parvenir. Pourtant, le garçonnet avait commencé par dessiner des caricatures. Puis Boudin lui conseilla d’abandonner la caricature et d’opter pour le paysage : c’est que la mer et le ciel, les animaux, les gens et les arbres sont beaux justement dans l’état où les a créés la nature, c’est-à-dire entourés d’air et de lumière. C’est en effet de Boudin que Monet hérita la conviction de l’importance du travail en plein air, conviction qu’il transmit plus tard à ses amis impressionnistes. Monet ne voulut pas entrer à l’École des Beaux-Arts. Il préféra fréquenter une école privée, l’Académie Suisse, fondée par un ancien modèle, quai des Orfèvres, près du pont Saint-Michel. On pouvait y dessiner et peindre un modèle vivant pour une somme modique. C’est là que Monet rencontra le futur impressionniste Camille Pissarro. C’est ensuite dans l’atelier de Gleyre, que Monet rencontra Auguste Renoir, Alfred Sisley et Frédéric Bazille. Il parlait aussi à ses amis d’un autre peintre qu’il avait également trouvé en Normandie. Il s’agissait de l’étonnant Hollandais Jongkind. «Il fut à partir de ce moment mon vrai maître », disait Monet. «C’est à lui que je dois l’éducation définitive de mon oeil ». Ces paysagistes normands, Boudin et Jongkind, se rangent au nombre des maîtres directs des impressionnistes. En 1871-1872, les paysages de Monet ne se distinguaient pas encore par une grande richesse de coloris ; ils rappelaient plutôt les tonalités de la peinture des artistes de Barbizon ou les marines de Boudin. Il composait une gamme de coloris sur la base de tons marron-jaune et bleu-gris. En 1877, lors de la troisième exposition des impressionnistes, Monet présenta, pour la première fois, une série de tableaux : sept vues de la gare Saint-Lazare. Il les choisit parmi les douze toiles peintes dans la gare. Ce motif, dans l’oeuvre de Monet, est dans la ligne non seulement du Chemin de fer de Manet et de ses propres paysages, avec trains et gare, à Argenteuil, mais aussi de la tendance qui commença à se manifester avec l’apparition des chemins de fer. Un beau matin, il réveilla Renoir avec un cri de victoire : «J’ai trouvé, la gare Saint-Lazare ! Au moment des départs, les fumées des locomotives y sont tellement épaisses qu’on n’y distingue à peu près rien. C’est un enchantement, une véritable féerie ». Il n’avait pas l’intention de peindre la gare Saint-Lazare de mémoire ; il voulait saisir les jeux de lumière du soleil sur les nuages de vapeur qui s’échappaient des locomotives. En 1883, Monet avait acheté une maison dans le village de Giverny, à proximité de la petite ville de Vernon. À Giverny, les séries devinrent une des principales méthodes de travail en plein air de Monet. Quand un journaliste, venu de Vétheuil pour interviewer Monet, lui demanda où se trouvait son atelier, le peintre répondit : «Mon atelier ! Mais je n’ai jamais eu d’atelier, moi, et je ne comprends pas qu’on s’enferme dans une chambre. Pour dessiner, oui, pour peindre, non ». Montrant d’un geste large la Seine, les collines et la silhouette de la petite ville, il déclara : «Voilà mon atelier, à moi » Dès la dernière décennie du XIXe siècle, Monet commença à aller à Londres. Il commençait tous les tableaux à Londres, d’après nature, mais en terminait beaucoup, ensuite, à Giverny. Un ami de Monet, l’écrivain Octave Mirbeau, écrit que Monet avait accompli un miracle : à l’aide de couleurs, il avait réussi à reconstituer sur la toile une matière quasi insaisissable, à reproduire la lumière solaire, en l’enrichissant d’une quantité infinie de reflets. Claude Monet fut le seul parmi les impressionnistes à avoir mené jusqu’au bout une étude presque scientifique des possibilités de la couleur ; il est peu probable qu’on eût pu aller plus loin dans cette direction.

Monet
by Daniel Wildenstein

À part Turner, aucun artiste n’a comme Claude Monet (1840-1926) travaillé autant à capturer la lumière sur la toile. De tous les impressionnistes, celui dont Cézanne disait qu’il n’était «qu’un oeil, mais bon Dieu, quel oeil!» est le seul à ne jamais s’être écarté du principe de fidélité absolue à la sensation visuelle, peignant au plus près de ce qu’il voyait.

On dit que Monet a réinventé les possibilités de la couleur. Que ce soit à travers son intérêt précoce pour les estampes japonaises, le temps qu’il a passé pendant son service militaire sous la lumière éblouissante de l’Algérie ou le fait qu’il connaissait personnellement les plus grands peintres de la fin du XIXe siècle, il est vrai que ce que Monet a créé tout au long de sa carrière a changé pour toujours notre manière de percevoir le monde qui nous entoure tel qu’il est. Il atteint le sommet de ses recherches avec la série tardive consacrée aux nymphéas, peinte dans son jardin de Giverny, qui, par la manière dont elle se détache quasiment de la forme, constitue véritablement l’origine de l’art abstrait.

Cette biographie rend justice à cet artiste remarquable qui compte parmi les plus marquants et offre de nombreuses reproductions et photos d’archives pour accompagner un commentaire aussi fin qu’approfondi.


L’Impressionnisme
by Victoria Charles, Klaus Carl

« Je peins ce que je vois et non ce qu’il plaît aux autres de voir. » D’autres mots que ceux d’Édouard Manet, à la touche pourtant si différente de celle de Monet ou de Renoir, pourraient-ils mieux définir ce que fut l’Impressionnisme ? Sans doute cette singularité explique-t-elle que, peu de temps avant sa mort, Claude Monet écrivit : « Je reste désolé d’avoir été la cause du nom donné à un groupe dont la plupart n’avait rien d’impressionniste. » Nathalia Brodskaïa dégage ici les contradictions de cette fin du XIXe siècle à travers le paradoxe d’un groupe qui, tout en formant un ensemble cohérent, favorisa l’affirmation des individualités artistiques. Entre l’art académique et le commencement de la peinture moderne non figurative, le chemin pour parvenir à la reconnaissance fut long. Après avoir analysé les éléments fondateurs du mouvement, l’auteur poursuit son étude à travers l’Œuvre de chacun des artistes et démontre comment, de cette revendication à la différence, naquit la peinture moderne.

L’Oeil
by Georges Bernier, Rosamond Bernier

Some issues have separately numbered section: L’Oeil du décorateur.

Impressionnisme et Post-Impressionnisme
by Nathalia Brodskaïa

L’impressionnisme figure parmi les mouvements artistiques les plus connus. Mais ce qui apparaît aujourd’hui comme une peinture de paysage charmante et exquise était en réalité l’un des premiers mouvements d’avant-garde dont les membres avaient décidé de combattre les valeurs de l’art traditionnel. Les peintures de plein air impressionnistes choquaient le public par la technique utilisée, mais aussi par leur apparente banalité. Alors que Monet, Sisley, Pissarro et bien d’autres cherchaient à capturer le caractère éphémère de la lumière, la génération suivante allait rejeter le Naturalisme. En effet, les postimpressionnistes tels que Gauguin, Van Gogh, Cézanne et Seurat privilégiaient le subjectif plutôt que l’objectif et l’éternel plutôt que le concret. Se faisant, ils ont posé les bases formelles de l’art moderne du XXe siècle. Cet ouvrage est un guide visuel à travers les moments cruciaux de l’histoire de l’art et la progression du XIXe siècle vers la modernité.

Impressionnisme et littérature
by LECLERC Yvan, NAUGRETTE Florence, GENGEMBRE Gérard

Symptôme d’une crise profonde de la représentation et du sujet, dans les deux sens du terme, l’impressionnisme en peinture obligea les autres arts, et en particulier la littérature, à se positionner par rapport à lui. Une telle dynamique s’opère alors que peinture et littérature s’autonomisent pour mieux se rapprocher par métaphore. Cette redisposition s’accomplit de manière privilégiée dans le territoire normand, à comprendre comme construction culturelle. Les communications ici rassemblées se proposent de situer dans ce contexte ou dans cet espace les convergences, voire les homologies, ainsi que les sociabilités, qui rendirent possible et définirent un moment capital de notre modernité.

 


Monet
by Claude Monet, Musée Marmottan

Depuis longtemps on étudie les sources historiques, culturelles, sociales, religieuses et, avec l’art moderne, la subjectivité individuelle, qui guident le regard des peintres. L’œil, et la vision au sens physique, ne forment qu’un filtre, aussi complexe soit-il ; mais quand ce filtre défaille, cela affecte à la fois le regard et le geste de l’artiste en altérant la traduction de facteurs « objectifs » comme « subjectifs » dans ses options esthétiques et leurs instruments techniques. Des cas célèbres déjà connus, mais le plus souvent superficiellement, voire en forme de clichés, comme l’astigmatisme d’El Greco ou la cataracte de Claude Monet, ont laissé entrevoir comment un peintre peut vivre et s’adapter à un handicap, le contourner, voire en bénéficier fût-ce sans intention. Les ophtalmologues se sont depuis longtemps intéressés à cette problématique. Bien sûr, en médecine – comme en psychologie – la définition du « normal » ne se conçoit le plus souvent qu’en creux : c’est ce qui ne dysfonctionne pas. Claude Monet cherchait à fixer sur la toile des instants précis dans ses conditions de vision. En sorte qu’on peut contempler ses œuvres en cherchant, pour chacune, l’aspect des processus visuels privilégiés. Construction des contours, perception des formes, représentation du mouvement, sensation chromatique. La possibilité nous est aussi offerte, de voir comment cet artiste confronté à une perte de capacités dans des facultés directement indispensables à l’exercice de son art s’en est accommodé. Au sommet de son art, dont il avait porté la maîtrise à hauteur de son désir, Monet a été forcé de revoir son approche devant le fait incontournable d’un handicap visuel plus ou moins invalidant. Cela a marqué des limites à son expression ; comme tout jeu de contraintes, cela a pu aussi le mener à de nouvelles voies, inattendues. Quelle part des Nymphéas de Monet est due à l’aboutissement d’une démarche entamée une soixantaine d’années plus tôt au Havre ? Certainement la plus grande ; mais quelle autre part peut relever de la bataille dans laquelle il était engagé face à sa cataracte, à ses effets anxiogènes, alors qu’il était enfin reconnu et libre dans son désir de laisser à l’éternité un témoignage magistral et irréfragable de sa relation particulière au monde ? Cette exposition essayera avec l’appui des connaissances scientifiques les plus avancées sur la vision, de nous faire appréhender plus précisément ce qui résume le mieux l’Oeuvre et l’originalité d’un peintre : son regard. L’exposition et le catalogue présenteront une soixantaine d’œuvres en provenance d’institutions diverses et des collections du musée Marmottan.