Liban Guerres Ouvertes

Liban
by Jean-Claude Forestier

Ce beau livre de voyage est une initiation à un pays riche de patrimoine et de culture, où pas moins de dix-sept communautés religieuses ont trouvé refuge, élaborant un régime politique complexe – le confessionnalisme -, source à la fois d’équilibre et de violence. Quatre-vingts ans d’existence pour six mille ans d’histoire ! Croisement et creuset de civilisations, le Liban – de la mer à la montagne – sous une grande variété de paysages et de modes de vie, est un extraordinaire condensé des événements qui ont marqué – de l’Antiquité à nos jours – le Proche-Orient. Divisé en cinq parties, l’ouvrage aborde Beyrouth, le nouveau centre-ville, les quartiers où vivent désormais séparés chrétiens et musulmans. Beyrouth, qui fut sans doute la plus cosmopolite des villes de la Méditerranée, rassemble-t-elle encore les Libanais ? Ensuite le littoral nord et sud avec Byblos, l’une des plus vieilles cités du monde, Tripoli, Saïda et Tyr au passé phénicien, leurs nombreux vestiges historiques romains (sarcophages de marbre polychrome, colonnes de granit gris…). Libéré, le sud peut aujourd’hui être visité. Riche en eau, convoité, il ferme la frontière avec Israël. Enfin, le Mont Liban – cœur historique -, ses villages druzes et maronites. La montagne, témoin des derniers cèdres millénaires, est truffée de grottes, sanctuaires et monastères. Quant à la riche Bekaa, terre traditionnelle des chiites, elle est avec ses cultures et ses vignes, le grenier du Liban. Les sanctuaires monumentaux de Baalbek seront l’apothéose d’un beau voyage. Autant de facettes d’un Liban connu et méconnu, défiguré par les guerres, et une situation insolite qui fait que treize millions de Libanais vivent aujourd’hui hors du pays, alors qu’ils ne sont que quatre millions à l’intérieur des frontières !

La fabuleuse histoire du Liban
by Didier Destremau

Saint Cyrien et officier, diplomate et ambassadeur, Didier Destremau s’est passionné dés son jeune âge pour les affaires moyen orientales. Arabisant, comme bénévole à Caritas, il s’est occupé de lobbying international pendant dix ans. Aux éditions du Rocher, il est déjà l’auteur du Fabuleux destin de Malte et du Roman de la Syrie

Le mouvement civil au Liban
by Karam Karam

Comment penser la paix, comment développer une réflexion sociologique, lorsqu’on est un jeune Libanais grandi pendant la guerre, éduqué sous les bombes et préparant une thèse de science politique dans les déceptions et les crises de l’après-guerre ? Karam Karam acquiert rapidement l’intuition que, derrière le théâtre politique traditionnel où se jouent et se rejouent les mêmes drames archaïques (la compétition entre les communautés, les conflits stériles de la ” démocratie de consensus “), d’autres acteurs, d’autres institutions et d’autres modes de faire sont en train d’en renouveler le scénario. Observateur engagé, il étudie l’essor prometteur des associations civiles et les nouvelles dynamiques dont elles sont porteuses sur la scène libanaise. A la lecture des développements sans complaisance qu’il consacre à leur fonctionnement interne, et aux interactions entre les mouvements sociaux qu’elles organisent et les acteurs politiques, on sent la rigueur lucide de celui qui a payé tôt les illusions meurtrières de ses aînés. A l’instar des révolutionnaires des années 1960 qui rêvaient la politique autrement, Karam Karam a déplacé son regard et étudié la politique au Liban autrement. Sans négliger les contraintes et les opportunités du système et de la conjoncture, sans séparer la décennie 1990 d’une riche histoire du mouvement associatif libanais, Karam Karam en restitue brillamment les problématiques. Fragile, encore marginal, ce Liban du dialogue renaissait peu à peu.

L’Orient-Express : Chronique d’un magazine libanais des années 1990
by Sandra Iché

L’Orient-Express : du nom d’« un train qui se hâte lentement ». Dès sa naissance, le magazine jouait l’effronterie et la contradiction. Il affichait des ambitions assumées : « être un journal arabe en français », en renouant le lien rompu entre le Liban réel, « arabe d’identité et d’appartenance » comme le formule le texte constitutionnel, et un public francophone volontairement ou non ignorant de faits politiques, sociaux, culturels qui traversent le pays. Faire de la langue française un outil d’ouverture plutôt que d’exclusion. Faire qu’au sein du Liban, sédimenté de mémoires concurrentes et d’affrontements guerriers, un terreau commun se cultive, et que vers le reste du monde, les regards, rendus curieux, se tournent. Être « ici et ailleurs ». Créer des « transcultures » où se côtoieraient Fayruz et Patti Smith, Gilles Deleuze et Tayeb Salih, Portishead et Edward Saïd, Salman Rushdie et NTM, Allen Ginsberg et Ounsi El Hage. Cette identité multipliant les lignes, les facettes, n’empêchait nullement des prises de position continuellement réaffirmées. D’un mois à l’autre, L’Orient-Express n’a eu de cesse d’appeler de ses vœux un Liban démocratique, laïc et indépendant, dans le maintien des solidarités interarabes. La tragédie palestinienne est rappelée chaque fois que la ponctue un nouvel espoir, rare, ou un nouveau crime. C’est en priorité aux jeunes que L’Orient-Express désirait faire entendre ses appels au réveil politique, pour qu’ils se battent pour une individuation de l’espace public et leur droit au plaisir. Le premier numéro, novembre 1995 : « Quand la politique faisait rêver », saluait les révoltes estudiantines des années 1960 et 1970. Le dernier, février 1998 : « Étudiants, et maintenant que faire ? », était consacré aux manifestations étudiantes de décembre 1997. Et puis l’insolence pourtant salutaire de cette aventure journalistique a été intimée au silence. Trop de brèches ouvertes dans un après-guerre amnésique… Cette troisième édition des Cahiers de l’Ifpo donne à découvrir, ou à redécouvrir, l’histoire, les enjeux et l’esprit de ce magazine francophone dont la chronique est aussi celle du Liban des années 1990.


Atlas du Liban
by Ghaleb Faour, Sébastien Velut, Éric Verdeil

Offrir une vision nouvelle du territoire libanais et mettre en évidence ses transformations depuis une trentaine d’années : tel est le projet de cet atlas, produit d’une collaboration franco-libanaise. L’ouvrage repose sur une large collecte d’informations spatialisées à une échelle fine ; sa cartographie riche et inédite permet d’appréhender les dynamiques complexes à l’œuvre dans un pays qui, souvent, semble défier la compréhension. C’est donc une lecture originale du territoire libanais qui est proposée, indissociable d’une réflexion sur l’insertion du Liban dans la mondialisation et l’évolution de son rôle dans l’ensemble moyen-oriental. Les troubles qui secouent le Liban depuis 2005 sont une nouvelle expression de sa situation de nœud des tensions régionales et des difficultés que rencontre sa construction nationale et étatique. La période de la guerre et celle de la reconstruction ont provoqué des mutations territoriales majeures : déplacements de population, urbanisation, dégradation de l’environnement, réorganisation de l’économie. Beyrouth, divisée et endommagée par la guerre civile, a été largement reconstruite et sa domination sur l’économie du pays s’est renforcée. Mais les clivages régionaux, signes de la différenciation socio-économique et des divisions confessionnelles, marquent toujours l’organisation du pays, constituant un facteur persistant de la fragmentation politique, que l’émergence récente de nouvelles collectivités territoriales n’a pas contrecarré. La guerre de l’été 2006, dont cet atlas présente un bilan cartographique, illustre la fragilité du pays, pris dans des calculs géopolitiques qui le dépassent et obligent ses gouvernants comme ses habitants à reconstruire sans cesse leurs territoires.