Les Feux

Les feux de la discorde
by Jean-Claude Caron

Le recours au feu, loin d’être une nouveauté, s’ancre dans l’histoire. La France d’avant 1914 est éclairée de flammes qui ne s’éteignent qu’épisodiquement : le monde rural est familier des incendies de granges ou de fermes, signes de conflits économiques et sociaux entre possédants et pauvres. L’incendie est également manifestation politique : à Paris, en 1871, le feu signe la chute de la Commune. La ville brûle et mettra des décennies à reconquérir les ruines. Utilisé par les militaires lors des guerres qui rythment le XIXe siècle, l’incendie est une arme redoutable et redoutée : la politique de la terre brûlée hante l’imaginaire des populations civiles. Derrière l’incendie perce la figure de l’incendiaire : un être malade ? un criminel ? un désespéré ? autant d’images qui angoissent les esprits du siècle et les criminologues. Jean-Claude Caron met ici en lumière un mode de protestation radical, une expression de la colère et du désespoir qui atteignit son paroxysme au XIXe siècle mais ne s’est jamais éteinte depuis.

Les feux du pouvoir
by Jean-Marie Rouart

Cette histoire commence pendant l’été 1958, sur une plage bretonne où nous faisons connaissance de Luc Lamy, jeune homme fragile et cynique à la fois. On ne sait d’où il vient. Lui s’interroge sur son avenir. Son destin, ce sera d’abord une femme qui l’intrigue, puis Maurice Dorsac, haut fonctionnaire à l’intelligence brillante, qui l’entraînera dans son sillage d’aventurier politique de haute volée. Entre eux, ce sera le grand jeu de l’amitié, de la fidélité, de la trahison. Dix années fiévreuses nous sont contées, où nous pénétrons dans les salles de rédaction des journaux, les salons parisiens, les routines du Pouvoir. Tout viendra si vite au jeune héros qu’il n’aura que le temps de frôler la réussite, pour la voir s’évanouir comme une vertigineuse illusion.

Parabole d’un ambitieux qui rejoint la trajectoire d’une société dont les rêves gaulliens de grandeur ont sombré dans les fantasmagories de Mai 68, ce livre aux accents stendhaliens est une étude des moeurs de la Ve République. Dans les eaux profondes de la politique apparaissent les grands squales, leurs poissons pilotes : arrivistes, imposteurs, et leurs victimes désignées : les faibles, les purs, les idéalistes.

En même temps qu’une réflexion sur l’ambition, ce livre aborde un problème clé de notre temps : la conversion sociale. Y a-t-il un châtiment pour ceux qui approchent de trop près les feux du Pouvoir ?


Shakespeare, les feux de l’envie
by René Girard

De Shakespeare, René Girard nous propose une lecture neuve inspirée de la théorie dont il est le père : la théorie “mimétique” – ou théorie de la triangularité du désir. Mais, loin d’appliquer à Shakespeare les principes du mimétisme, il s’attache à montrer que Shakespeare était un “miméticien” avant la lettre et que toute la théorie mimétique était contenue, dès les premières pièces, dans son oeuvre théâtrale. Au-delà de Shakespeare, René Girard nous interroge sur nous-mêmes, sur la dimension tragique de nos désirs, et nous propose un tableau à la fois sombre et plein d’espérance de l’humanité de toujours et de l’humanité d’aujourd’hui. Par ailleurs, il fait oeuvre de polémiste et s’attaque à la critique littéraire contemporaine ; mais son livre est moins un retour à la tradition que l’apparition d’un classicisme critique “nouvelle manière” face à un modernisme exténué.

Les Feux
by Shôhei Ooka

Le soldat Tamura erre, affaibli, dans les plaines dévastées des Philippines. Nous sommes en 1945 et la débâcle de l’armée japonaise est totale. Livré à lui-même, en proie à la solitude, la faim, la peur et sa propre folie, Tamura nous plonge dans l’enfer de la guerre et dans ses instants fugaces de beauté désespérée. De rencontre en rencontre, avec l’ennemi ou un autre soldat en déroute, un dilemme s’impose à lui : faut-il rester humain ou sauver sa peau? Les Feux, chef-d’œuvre de la littérature japonaise, lu dans le monde entier et adapté au cinéma, symbolise la tragédie de tous les hommes pris dans l’engrenage d’une guerre dont la logique les dépasse mais qui finit, peu à peu, par les dévorer.