La Nuit Attendra

La nuit attendra
by Jacques Chancel

« J’ai découvert l’inconnu d’un monde, étrange dépaysement, à mon arrivée sur la rivière de Saigon après cinquante-cinq jours de traversée ; je n’avais d’yeux que pour les centaines de paillottes sur pilotis, tout au long des berges, l’avancée lente, cérémonieuse, des buffles de la rizière, retenus à la corde par des paysans à chapeaux coniques, pantalons retroussés. J’ai entendu les premières rafales de la guerre à la Pointe des Flâneurs. Des miliciens viets isolés, cachés dans les hautes herbes, tiraient sur le bateau et nous étions sur le pont, comme au spectacle, déjà perdus par cette inconscience qui allait être ma sauvegarde. » Pour la première fois, Jacques Chancel revient sur son itinéraire dans les désordres de l’Indochine.

Le Train dans le brouillard n’attendra pas minuit
by Marie-Hélène Lafage

Entrer
Dans le mouvement des lignes ;
Dans le fracas, la tourbe
Des mots
La poésie est souvent fille de l’admiration. Dans ce recueil, la poésie se découvre comme contestation. Avec la distance que permet la langue poétique, Marie-Hélène Lafage prend à témoin « les colporteurs du temps» qui empêchent la parole vraie de résonner dans « les avenues bruyantes de l’ère médiatique, chargés de leur orgueil, de leurs remèdes, miracles seuls capables de mettre fin aux maux du siècle ». La poésie se fait action – désir de transformation issu de la patience endurée devant l’abus des mots, alors que « l’on n’entendait plus partout qu’un vaste rire public entrecoupé de grandes lamentations ; la France était en représentation continuelle ». Ce recueil s’offre comme un espace poétique de liberté. Il déclame l’espérance à l’oeuvre dans la cité, dont chaque poème imprime le motif sur la page, en même temps qu’il invite à partir sur la trace de son origine.
Je suis parti
J’avais
Le pays pour moi seul
L’aube était si blanche,
Le matin
Écrivait un psaume.

Issue d’une formation en khâgne puis en Institut d’Urbanisme, Marie-Hélène Lafage est urbaniste en banlieue. Vice-présidente de l’association Les Altercathos, elle est co-fondatrice du café culturel Le Simone à Lyon.


La Murène attendra
by Danièle Estèbe Hoursiangou

Sous une forme où se mêlent réalité vécue, onirisme et éléments de pure fiction, ce récit propose de suivre le parcours de deux êtres, deux amoureux, séparés par « la murène », la maladie d’Alzheimer du mari. Une conversation secrète, sans pathos ni technicité médicale. Et, sans vouloir parler à la place de tous ceux qui partagent cette expérience, l’intention de l’auteure est de faire ressortir et reconnaître l’un des aspects de la grande violence qui s’abat sur la vie des personnes concernées.

La vérité attendra l’aurore
by Akli Tadjer

C’est dans le Gaîté-Palace, un cinéma de banlieue laissé à l’abandon, que Mohamed, ébéniste au passage du Grand-Cerf, revisite sa vie, celle de ses parents et, surtout celle de son jeune frère, Lyes.
Ses souvenirs se figent puis se glacent d’effroi lorsqu’Aïcha, la mère, décide de fêter les vingt ans de Lyes dans son village natal en Algérie, pendant les années barbares. Lyes ne fêtera jamais ses vingt ans. Le jour de son anniversaire, Mohamed et Lyes tombent dans un piège tendu par les Combattants de l’Islam. Et c’est le monde qui bascule. Mohamed réussit à s’enfuir, laissant son frère aux mains des terroristes. Il ne s’est jamais remis de cette disparition.
Vingt-cinq ans plus tard, Mohamed reçoit sur son compte Facebook un étrange message de Houria, une jeune femme, qui habite Alger…

L’automne attendra
by Françoise Kerymer

Louise, romancière, la soixantaine épanouie, a tout pour être heureuse. Mais sa rencontre avec Adrien, chef d’orchestre, lui fait comprendre que ce qui la lie encore, après trente ans de vie, à Germain, son mari procureur, est avant tout un pacte de devoir et de reconnaissance : alors qu’à la suite d’un drame elle coulait, il l’a sauvée. Quant à Adrien, désabusé par les tourbillons d’une brillante carrière, il demeure enfermé dans une armure de musique qui lui permet d’oublier son incapacité d’aimer. Ces deux êtres blessés, malgré la puissance de leur attachement, malgré cinq années d’apprivoisements réciproques, de luttes et d’espoirs, ne se seraient pas donné le droit au bonheur, si Germain n’avait pas eu, lui aussi, la chance exceptionnelle, de le trouver enfin. Stella, ex-danseuse, amie de Louise, sera leur bonne étoile.
Leur automne attendra.

Andromède attendra
by Gilles Cyr

La rue, l’hiver, la table, la fenêtre, etc. Des vignettes, parfois des miniatures, qui tirent sur l’énigme, avec en prime un coté système D et mode d’emploi laconique ou discrètement narquois. Selon l’auteur, cet “inconnu / après rafistolage” s’appellerait ##poésie##. Un bel effort de mise au net. Personnel, subtil et suggestif, mais pas beaucoup de puissance. On a comparé Cyr à Du Bouchet. Dans le présent recueil on évoquera plutôt Guillevic. Prix du Gouverneur général 1992, catégorie poésie.