France Culture Papiers N La

Celle qui n’était plus (Les Diaboliques)
by Boileau-Narcejac

De l’autre côté du couloir, des pieds glissent sur le parquet de la chambre. Le lustre s’allume. Le bas de la porte du bureau s’éclaire. Elle est derrière, juste derrière, et pourtant, il ne peut y avoir quelqu’un derrière. À travers l’obstacle, ils s’écoutent, le vivant et le mort. Mais de quel côté est le vivant, de quel côté est le mort ?

La Fabrique des salauds
by Chris KRAUS

Une poignée de douleur et de chagrin suffit pour trahir, et une seule étoile scintillant dans la nuit pour qu’un peu de lumière brille par intermittence dans toute cette horreur.
Dans la lignée des Bienveillantes de Jonathan Littell ou de Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez, un roman hors normes, une fresque exubérante et tragique, pleine de passion, de sang et de larmes, qui retrace tout un pan du XXe siècle, de Riga à Tel Aviv en passant par Auschwitz et Paris.
À travers l’histoire de Koja, Hubert et Ev Solm, deux frères et leur sœur, sorte de ménage à trois électrique, Chris Kraus nous entraîne dans des zones d’ombre où morale et droiture sont violemment bafouées, et dresse en creux le portrait d’une Europe à l’agonie, soumise à de nouvelles règles du jeu.

Une œuvre impressionnante, magnum opus sur le déclin d’une époque et la naissance d’une nouvelle ère.


Établir l’identité
by Jean-Pierre Gutton

Écrire une histoire de l’identité nécessite de mobiliser une documentation très variée comme une historiographie ouverte. Car l’identité emprunte des voies multiples et les marques de reconnaissance vont du plus fruste au plus élaboré. Comment s’impose la mise en registre des sujets, comment naît l’état civil en 1792, comment la biométrie complète aujourd’hui une identité déclarative et administrative par une identité scientifiquement établie… Autant de moments essentiels d’une histoire souterraine dont le fil rouge est clair cependant : le recul de l’oralité, la multiplication des déplacements imposent peu à peu d’avoir des « papiers » et c’est en somme un chapitre particulier de l’histoire de la croissance de l’État qu’il s’agit d’écrire là.


Hollywar
by Pierre CONESA

Le Noir, le Rouge, le Jaune, le communiste, le barbu… : quand Hollywood fabrique des ennemis, ce n’est pas que du cinéma.
Hollywood est une usine à rêves mais aussi une formidable machine à créer des méchants. À chaque époque sa cible. D’abord incarné par le Noir, représenté comme un illettré, un paresseux obsédé par la femme blanche, l’ennemi a ensuite pris les traits de l’Indien, sauvage et agressif, puis du Chinois cruel, du basané – bandit mexicain, gras et transpirant, ou trafiquant colombien -, du nazi ou du communiste… Plus récemment, lors de la deuxième guerre du Golfe, c’est le ” Frenchie ” qui a cristallisé la rancoeur des États-Unis, avant qu’il soit remplacé par l’Arabo-Irano-terroristo-musulman.
Pour mener l’enquête, l’auteur a passé au crible plus de trois mille films, le plus souvent des objets cinématographiques de consommation courante, ceux qui forgent l’opinion publique bien plus que les chefs-d’oeuvre. De manière implacable, il démontre comment Hollywood, en jouant de la confusion entre fiction et réalité, cinéma et géopolitique, est devenu une arme de propagande massive, capable de transformer les ennemis des États-Unis en menaces planétaires.


Les Mooks
by Audrey Alves, Marieke Stein

Contraction des mots magazine et book), les mooks semblent symptomatiques d’un modèle journalistique en reconversion. Le retour du format long, du récit qui prend son temps, conquiert un public grandissant. Les mooks constituent-ils une seconde voie pour des pratiques journalistiques exclues de la presse d’information ? Que nous disent-ils des représentations sociales de la littérature, de l’écriture, du journalisme d’aujourd’hui ?

L’identité malheureuse
by Alain Finkielkraut

L’immigration qui contribue et contribuera toujours davantage au peuplement du Vieux Monde renvoie les nations européennes et l’Europe elle-même à la question de leur identité. Les individus cosmopolites que nous étions spontanément font, sous le choc de l’altérité, la découverte de leur être. Découverte précieuse, découverte périlleuse : il nous faut combattre la tentation ethnocentrique de persécuter les différences et de nous ériger en modèle idéal, sans pour autant succomber à la tentation pénitentielle de nous déprendre de nous-mêmes pour expier nos fautes. La bonne conscience nous est interdite mais il y a des limites à la mauvaise conscience. Notre héritage, qui ne fait certes pas de nous des êtres supérieurs, mérite d’être préservé, entretenu et transmis aussi bien aux autochtones qu’aux nouveaux arrivants. Reste à savoir, dans un monde qui remplace l’art de lire par l’interconnexion permanente et qui proscrit l’élitisme culturel au nom de l’égalité, s’il est encore possible d’hériter et de transmettre.

A. F.


Histoire d’un mensonge
by Thibault LE TEXIER

De renommée équivalente à celle de Milgram, l'” expérience de Stanford sur la prison ” demeure pourtant l’un des meilleurs exemples de mise en scène scientifique. Rassemblant archives et entretiens inédits, Thibault Le Texier mène une enquête haletante sur l’une des plus grandes supercheries intellectuelles du XX e siècle.
Conduite en 1971 par le professeur Philip Zimbardo, l'” expérience de Stanford sur la prison ” a vu vingt-deux étudiants volontaires jouer les rôles de gardiens et de prisonniers au sein d’une fausse prison installée dans l’université Stanford.
L’expérience devait durer deux semaines mais elle fut arrêtée au bout de six jours, résume Zimbardo, car ” les gardiens se montrèrent brutaux et souvent sadiques et les prisonniers, après une tentative de rébellion, dociles et accommodants, même si la moitié d’entre eux furent si perturbés psychologiquement qu’ils durent être libérés plus tôt que prévu “.
Devenue presque aussi célèbre que l’expérience de Stanley Milgram sur l’obéissance et souvent citée en exemple de l’influence des situations sur nos comportements, l’expérience de Stanford est pourtant plus proche du cinéma que de la science : ses conclusions ont été écrites à l’avance, son protocole n’avait rien de scientifique, son déroulement a été constamment manipulé et ses résultats ont été interprétés de manière biaisée.
Rassemblant archives et entretiens inédits, Thibault Le Texier mène une enquête haletante sur l’une des plus grandes supercheries scientifiques du XXe siècle, entre rivalités académiques, contre-culture et déploiement du complexe militaro-industrialo-universitaire.