Enfermement Et Securite Penale Essais

Crimes et châtiments dans l’Etat de sécurité
by Pierre Berthelet

Il était une fois un État de sécurité. Cet État imaginaire rappelle quelque peu notre univers enfantin. Loin des clichés d’enfants innocents jouant sagement entre eux, riant joyeusement et s’amusant dans la bonne humeur, il s’agit d’un monde dur et cruel pour les plus faibles. C’est un univers impitoyable où ceux qui sont différents sont mis à part. L’État de sécurité se veut démocratique et respectueux des droits de l’homme. Pourtant, il se montre intransigeant en prenant des mesures toujours plus sévères afin de satisfaire une population inquiète qui réclame davantage de sécurité. Subissant quotidiennement les incivilités et harcelée sans répit par la criminalité, elle aspire à retrouver un monde pacifié et apaisé, débarrassé des assistés et des profiteurs du système, des délinquants multirécidivistes, des fous dangereux ou encore des pervers sexuels. Bref, tous ceux qui menacent la société des "bons citoyens" et des "honnêtes gens". Bien entendu, selon la formule consacrée, toute ressemblance avec des faits récents dans un État qui nous serait familier serait purement fortuite et involontaire.

La guerre à droite aura bien lieu
by Guillaume Bernard

Un nième ouvrage sur les querelles d’ego des hommes politiques et leurs stratégies personnelles présentées à l’aide d’anecdotes et de ragots ? Certainement pas. Un livre profitant des futures élections des mois à venir (primaires, présidentielle et législatives) pour faire des pronostics ? Pas plus. Un programme politique ? Encore moins. Cet ouvrage propose d’analyser l’état des forces politiques françaises, à la fois sous l’angle organisationnel et idéologique : au-delà de la simple description (tripolarisation de la vie politique) et de l’évocation des vraisemblables évolutions (« grande coalition » contre le FN), il s’agit de comprendre le contexte (l’insécurité matérielle et physique, économique et sociale, culturelle et morale) et les rapports de force (les dynamiques qui poussent à une recomposition du spectre électoral et du système partisan). La vie politique s’est organisée pendant deux siècles sur la base du mouvement sinistrogyre : les nouvelles forces politiques sont apparues par la gauche et ont repoussé sur la droite du spectre politique celles qui étaient plus anciennes. La dynamique s’est inversée à partir des années 1990 : c’est le « mouvement dextrogyre ». C’est désormais par la droite que viennent l’innovation idéologique et la pression politique. Le débat politique majeur se situe donc au sein du camp classé à droite ceux qui défendent une philosophie de l’ordre naturel des choses et ceux qui adhèrent à l’idée du contractualisme social. La guerre à droite aura bien lieu, entre la droite classique qui retrouve ses valeurs et la droite moderne qui est en passe de redevenir la gauche. Guillaume Bernard, docteur et habilité à diriger des recherches en histoire des institutions et des idées politiques, est maître de conférences à l’ICES (Institut Catholique d’Études Supérieures). Il enseigne ou a enseigné dans divers autres établissements comme Sciences-Po Paris. Il a rédigé ou codirigé un certain nombre d’ouvrages scientifiques : Dictionnaire de la politique et de l’administration, PUF, 2011, Introduction à l’histoire du droit et des institutions, Studyrama, 2e éd., 2011, ou destinés au grand public : L’instruction civique pour les nuls, First, 2e éd., 2015.

Entre droit et morale
by Annette Sousa Costa

Comment envisager les concepts de peine et de sanction dans le contexte du droit et de la morale ? C’est pour réfléchir à cette question que se sont réunis, à l’occasion de la Journée d’études du 13 novembre 2007 intitulée : « Entre droit et morale : la finalité de la peine », des juristes de renom et des historiens des idées. Ceux-ci étaient invités par l’équipe du Centre de Recherches Pluridisciplinaires et Multilingues (EA 4418) de l’Université Paris Ouest Nanterre la Défense.
Les travaux réunis exposent en particulier le statut de la sanction pénale dans différents Etats européens, de l’Antiquité grecque et romaine à la période moderne. Est particulièrement mis en valeur le tournant pris par le droit pénal à la fin du 18ème, début du 19èmesiècle, à partir des conceptions innovantes d’un fonctionnaire de l’Etat autrichien en Lombardie, Beccaria, qui a repensé le droit de punir de l’Ancien Régime, puis de la philosophie de la peine développée en Angleterre par Bentham. Pour terminer, l’ouvrage présente les réflexions de Nietzsche sur la faute dont l’originalité se résume en ces termes : comment « surveiller sans punir » ?

Gouverner, enfermer
by Philippe Artières, Pierre Lascoumes

Résistant à toutes les contestations, toutes les crises et tous les changements de régime politique, la prison s’est imposée comme un modèle universel de sanction sociale et d’isolement d’individus présumés dangereux. Elle est devenue un invariant des sociétés modernes, qui échappe en grande partie à l’action des gouvernants, tout en étant profondément ancré dans le politique, et qui dispose d’une inertie propre imposant partout un modèle répressif et disciplinaire. Peut-on cependant différencier les recours à cette solution punitive selon les contextes culturels et les conjonctures politiques ? Les moments de rupture politique ont-ils été sans écho sur les pratiques pénitentiaires ? Contrairement au lieu commun qui ne retient que l’inertie pénitentiaire, la prison est animée par une obsession réformatrice. N’est-elle tiraillée qu’entre moments de crise et mouvements perpétuels, recherche d’alternatives partielles et réplication des modèles éprouvés ? Les contributions rassemblées dans cet ouvrage s’attachent à l’analyse des changements observés dans des contextes politiques majeurs (chute du mur de Berlin, fin de l’apartheid, effondrement de l’URSS, etc.). La prison est aussi souvent impliquée dans des crises politiques qui donnent lieu à des modèles d’enfermement d’exception toujours renouvelés (camps de rétention, Guantànamo, etc.). La prison est, enfin, régulièrement l’occasion d’expérimentations et d’innovations. Mais jusqu’où cette institution peut-elle être transformée : est-elle vraiment un modèle indépassable ?