Dire Adieu A La Deprime

N’oublie pas de nous dire adieu
by Joël Nivard

Proche de la retraite, le commissaire Varlaud doit encore mener une dernière enquête dans les milieux bourgeois.

C’est juste ces mots-là qu’elle lui a dits. Ou à peu près : « Tu as le blues de la soixantaine et la déprime des seniors qui vont devoir assumer de n’être plus rien. Tu as vécu pour ton job mais il ne te le rend pas. Il ne te doit rien quand toi tu lui dois tout. Tu es bon pour les antidépresseurs, les anxiolytiques et les hypnotiques pour border tes nuits. Ça fait pas de cadeau les désillusions. C’est comme les femmes quand elles se sentent un peu larguées… »

Elle n’avait pas tort, bien sûr. Il le savait bien.

Sur fond de montages financiers douteux, de profits immédiats, de retours sur investissements instantanés, les élites se gobergent à l’envi. Rien de bien nouveau. C’est toujours la même histoire.

Et quand la bourgeoisie s’encanaille, qu’une partie fine tourne mal, que les meurtres s’accumulent, que la violence reste la règle et que lui, au crépuscule de sa carrière, doit « finir en beauté » comme dirait le Boss, elle avait beau jeu de conclure : « À bientôt, ici ou ailleurs ! Mais où tu voudras, je crains que ce ne soit nulle part. Surtout, n’oublie pas de nous dire adieu ! » Des mots qui claquent comme les riffs de guitare d’un bon vieux rock’n’roll. Comme une blessure qui aura du mal à cicatriser.

Commissaire Varlaud, à suivre…

Un polar très noir pour la dernière enquête du commissaire Varlaud qui, à plus de soixante ans, fait le bilan sur son existence et de sa vie de flic.

EXTRAIT

Le son de la télé est couvert par la voix calaminée de Dick Rivers et le staccato cristallin de la guitare Gibson Les Paul sur « Hey Pony ». Il regarde par intermittences, sur l’écran, les images qui se succèdent. Les gyrophares des voitures de service qui bouclent les rues d’accès. La nuit qui descend. Englobant la zone industrielle d’un halo mordoré. Les barres d’immeubles qu’on devine, masse sombre trouée par les fenestrons éclairés des gens qui sont rentrés du travail. Qui allument leur télé. Les hélicoptères, bourdons immobiles au-dessus des immeubles. Le centre commercial dont seule l’enseigne bravache reste allumée. Des hommes qui marchent. De long en large. Brassards de sécurité. De police. L’attaque vient de se produire. Et tous ceux qui n’ont rien vu, rien entendu n’ont pas assez de mots pour le dire. Le commentateur de BFM TV, blouson baroudeur, mèche agitée par le vent et foulard négligemment noué, raconte inlassablement la même vacuité. Derrière passent les images en boucle. Il n’a pas besoin d’entendre pour comprendre que le journaliste ne sait rien de plus. Mais qu’il doit tenir l’écran. Jusqu’à plus faim. Jusqu’à plus soif.
Il se lève du canapé. Se gratte les couilles. Se remet le tiercé dans l’ordre d’un doigt sans aucune équivoque. S’étire. Il va jusqu’à la porte de la caravane et regarde l’eau pisser de l’auvent. Bien que la pluie ait cessé, ici, sous la canopée, la nuit est aussi noire que le cul d’une gamelle de chantier.

CE QU’EN PENSE LA CRITIQUE

Un livre ténébreux, d’une noirceur sidérale, d’une tristesse insondable, un livre qui raconte les défaites et accompagne les vaincus dans la brume… – Eric76, Babélio

À PROPOS DE L’AUTEUR

Joël Nivard aime entre autres, la nuit, le vin, le roman noir et le rock’n’roll. Il a publié 8 romans dont Loser aux éditions Denoël dans la collection « Sueurs Froides » et On dira que c’est l’été, deux ou trois jours avant la nuit aux éditions Albin Michel. Il n’y a pas de beau jour pour mourir est son septième polar chez Geste Noir. Son théâtre est publié aux éditions Le Bruit des Autres.


Liliane et Rosario
by Jérémy Gouty

Rosario, jeune musicien désoeuvré, part sur les traces de son premier amour, Liliane. Son errance nostalgique le mène à St-Barnabé-sur-Mer, une petite ville bretonne. Il y apprend que Liliane a mystérieusement disparu, avec ses quatre soeurs. Liliane et Rosario joue sur bien des registres : enquête policière, tendresse et cauchemar, évocations proustiennes de l’enfance et scènes horrifiques se mêlent dans ce bref roman.

On m’a dit de ne pas le dire
by Paul Wermus

Depuis vingt-cinq ans qu?il fréquente la table des ministres, les allées du pouvoir et les cocktails, Paul Wermus sait tout sur tout le monde? Pour la première fois, il a décidé de brosser d?inconvenants portraits de ceux qui font l?événement. Ce livre fourmille de ” bruits de couloir “, de scoops, d?indiscrétions et de bons mots racontés avec humour, ironie ou insolence mettant en scène sous un jour qui ne leur est pas toujours favorable les acteurs du spectacle médiatique : les grands noms du cinéma, de la télévision, du sport, de la politique…

Adieu Nicolas
by Laura Gaver

C’est dans ce recueil de nouvelles, le talent de Laura Gaver que de se jouer des stéréotypes et de capter l’intérêt du lecteur par le moyen universel de la narration. Une narration qui épouse la trame sordide – et pourtant romanesque – de l’histoire, même si l’histoire n’est pas la raison première de ces récits qui ont pour cadre, presque par hasard, l’Union soviétique de Léonid Brejnev. Adieu Nicolas est une variante de la confusion des sentiments, faite d’amours contrariés, de rendez-vous manqués, au son des balalaïkas et du vrombissement des autobus d’Intourist avec quelquefois l’espoir inopiné d’un retournement du destin. Bien entendu, dans chaque étranger, fut-il amoureux d’une Irina, d’une Svetlana ou d’une Nathalie, la police politique (une tautologie dans l’U.R.S.S. post-stalinienne) subodore un agent de la C.I.A. Le charme de cette succession d’anecdotes, où Hitchcock le dispute à Edgar Poe, est dans l’écriture mais aussi dans l’amour que porte l’auteur à la Russie éternelle, à ces Slaves si proches et si différents de nous, et dans la chute qui est à la nouvelle ce que la morale était aux fables de M. de la Fontaine. Il n’y a pas, dit Frédéric Beigbeder, une bien grande différence entre craindre un drame et le souhaiter… Voici donc à quel degré d’amoralité nous conduit la nouvelle lorsqu’elle est bien troussée.

Qui a tué Frajdla Cinnamone?
by Yves Aubrymore

« Ma grande soeur qui avait assisté à la scène ricanait. Elle m’attendait dans le jardin, au coin de la maison, pour me mettre une raclée. Gifles, coups de pieds, coups de poings. Quel âge avais-je? Trois ou quatre ans? “Prends ça, fayot, lèche-cul, tapette! Et va le dire à Maman, tu vas voir ce que tu vas prendre!” Mais ça ne s’est pas passé comme ça longtemps. Dès que j’ai été de taille à lui répondre, je lui ai rendu ses coups – dent pour dent et oeil pour oeil, disait ma mère- sans oublier les intérêts. Et la dernière vraie bagarre dont je me rappelle a eu lieu l’année de mes six ans. Je me débrouillais avec ma taille, contre une pluie de gifles, je répondais avec une volée de coups de pieds dans les tibias. Le procédé manquait certes d’élégance, mais comme le disait si justement ma mère, il n’y a que le résultat qui compte. » Juillet 1942, à Paris. Frajdla Cinamone est arrêtée pendant la grande rafle du Vel d’Hiv, internée à Drancy puis déportée à Auschwitz. Soixante ans plus tard, Tristan Donnadieu, peintre en quête éperdue de reconnaissance est en pleine dépression. A la mort de son père, il va partir à la recherche des secrets de sa famille: la maladie de sa mère, la maltraitance subie, l’indifférence de son père, la haine de ses soeurs. Entre dépression et devoir de mémoire, un roman autour de cette obsédante question: l’oubli n’est-il pas le meilleur moyen de tuer les morts?